Visiter Artà, c’est découvrir l’un des visages les plus authentiques du nord-est de Majorque, loin de l’ambiance très touristique des grandes stations balnéaires. Installée dans une vallée et dominée par le sanctuaire fortifié de Sant Salvador, la petite ville séduit par ses ruelles anciennes, ses maisons en pierre, ses places animées et son patrimoine remarquable. Artà constitue aussi un excellent point de départ pour explorer des sites préhistoriques, des paysages préservés et une partie particulièrement sauvage de l’île. C’est une étape à privilégier si vous souhaitez mêler patrimoine, randonnée, traditions locales et découverte de la Majorque rurale.
Artà, une Majorque plus rurale et préservée
Artà se trouve dans le Llevant, au nord-est de Majorque, dans une vallée agricole entourée de collines. Le paysage change rapidement dès que vous quittez le centre : amandiers, figuiers, caroubiers, oliviers, pinèdes et murets de pierre sèche composent une campagne très différente des grands secteurs balnéaires de l’île. Au-dessus des toits, la colline de Sant Salvador sert de repère presque partout dans la ville.
Artà a aussi conservé une vie locale bien présente. Commerces, cafés, marché, demeures anciennes et édifices religieux restent intégrés au quotidien des habitants. Le tourisme est visible, mais il n’a pas entièrement remodelé la commune autour des visiteurs. C’est d’ailleurs l’une des choses que j’ai appréciées sur place : Artà reste agréable à parcourir sans donner l’impression d’être uniquement tournée vers le tourisme.
Le centre se découvre facilement à pied. Vous pouvez partir du secteur de l’ancienne gare, rejoindre la Plaça del Conqueridor, traverser les rues anciennes puis monter vers l’église paroissiale et Sant Salvador. Cette progression vers les hauteurs permet de découvrir Artà sans multiplier les détours.

Les lieux à voir dans le centre d’Artà
Monter au Santuari de Sant Salvador
Le Santuari de Sant Salvador domine Artà depuis la petite colline située au-dessus de l’église paroissiale. Vous y accédez à pied en remontant progressivement depuis le centre.
Le complexe réunit l’ancienne enceinte fortifiée de l’Almudaina, le sanctuaire et plusieurs bâtiments annexes. Les remparts forment une ellipse d’environ 93 mètres sur 24 mètres. À l’intérieur est conservée une représentation romane de la Vierge de Sant Salvador, devenue patronne d’Artà au début du XXe siècle.
La montée vaut aussi pour le panorama. Depuis les abords du sanctuaire, vous profitez d’une vue dégagée sur les toits d’Artà, la vallée agricole et les reliefs du Llevant. C’est personnellement l’un des endroits que j’ai préférés à Artà : la vue permet de bien saisir la manière dont la ville s’insère dans la campagne. Essayez d’y monter en début ou en fin de journée, lorsque la lumière souligne davantage les paysages.

Découvrir l’église de la Transfiguració del Senyor
Juste en contrebas de Sant Salvador, l’église de la Transfiguració del Senyor forme avec le sanctuaire la silhouette la plus reconnaissable d’Artà. Sa construction débute en 1573, mais s’étale sur plusieurs siècles ; sa grande voûte n’est achevée qu’en 1816.
L’intérieur abrite quatorze chapelles, un orgue du XIXe siècle, des vitraux plus récents et des fonts baptismaux datés de 1672. Même sans visite approfondie, prenez le temps d’observer ses volumes massifs et ses contreforts depuis les rues situées en contrebas.

Flâner entre les demeures anciennes
Le secteur compris entre la Plaça del Conqueridor et Sant Salvador concentre une grande partie du charme d’Artà. Les rues sont bordées de maisons de pierre, de portes massives et de demeures ayant appartenu aux grandes familles terriennes de la région.
Vous pouvez notamment repérer Cas Marquès, ancienne propriété des marquis de Bellpuig, ainsi que Na Batlessa, grande maison construite entre 1898 et 1900 par une famille ayant fait fortune en Amérique. Cette dernière appartient aujourd’hui à la commune et accueille la bibliothèque ainsi que des expositions.
Faire un passage par le Museu Regional d’Artà
Fondé en 1927, le Museu Regional d’Artà complète bien une visite de Ses Païsses. Ses collections permettent de replacer les vestiges archéologiques du territoire dans leur contexte.
Le musée présente notamment du mobilier préhistorique ainsi qu’une partie consacrée à la faune et au milieu naturel de la région. C’est une visite intéressante si vous souhaitez aller au-delà d’une simple promenade dans les rues.


Visiter Ses Païsses, aux portes d’Artà
À quelques minutes du centre, Ses Païsses constitue l’un des grands sites talayotiques de Majorque. Son implantation au milieu des arbres et sa vaste enceinte donnent au lieu une atmosphère particulièrement agréable, même si vous n’êtes pas passionné d’archéologie.
Vous entrez par une porte monumentale aménagée dans une muraille cyclopéenne, construite avec d’énormes blocs de pierre. À l’intérieur, vous pourrez observer le talayot central, différentes pièces d’habitation et une salle hypostyle soutenue par des colonnes. Une partie du village reste encore enfouie.
Comptez environ 45 minutes à une heure pour parcourir le site tranquillement. Sa proximité avec Artà permet facilement de l’intégrer à une demi-journée consacrée au village.
Que faire à Artà après les visites ?
Découvrir le marché du mardi matin
Le marché d’Artà a lieu le mardi matin, autour de la Plaça del Conqueridor, généralement jusqu’au début de l’après-midi.
Vous y trouverez notamment :
- des fruits et légumes ;
- des produits alimentaires locaux ;
- des vêtements, objets artisanaux et marchandises variées ;
- des terrasses et commerces particulièrement animés autour de la place.
Le mardi offre donc une ambiance plus vivante. Si vous préférez parcourir les ruelles dans le calme, choisissez plutôt un autre matin.
Parcourir la Via Verde à vélo
Artà marque l’une des extrémités de la Via Verde Manacor–Artà, aménagée sur une ancienne ligne ferroviaire ouverte en 1921 puis fermée en 1977.
La voie verte s’étend sur environ 29 km et traverse Sant Llorenç des Cardassar, Son Servera et la campagne du Llevant. Son revêtement en gravier compacté et l’absence de circulation automobile en font une bonne option à vélo, mais aussi pour certaines portions à pied.
Assister aux fêtes locales
Si vos dates coïncident, certaines fêtes donnent un autre visage à Artà. Sant Antoni, célébré les 16 et 17 janvier, mêle démons traditionnels, musique et feux dans les rues.
Les fêtes de Sant Salvador, patronne de la commune, se déroulent quant à elles au début du mois d’août. Elles constituent l’un des rendez-vous importants de l’été pour les habitants.
Randonnées et criques sauvages autour d’Artà
Marcher dans le parc naturel de la péninsule de Llevant
Le Parc Natural de la Península de Llevant protège un vaste territoire de montagnes, garrigues, pinèdes, falaises et milieux côtiers au nord-est de Majorque. Sa partie terrestre couvre plus de 10 000 hectares, auxquels s’ajoute une vaste zone marine protégée.
Depuis le secteur de s’Alqueria Vella, plusieurs itinéraires permettent de rejoindre les reliefs. La Talaia Freda, qui culmine à 564 mètres, constitue le point le plus élevé des Serres de Llevant. Le parc accueille également une faune remarquable, avec notamment le vautour moine et le balbuzard pêcheur.
Rejoindre l’Ermita de Betlem
Au nord d’Artà, l’Ermita de Betlem occupe une position isolée dans les montagnes. Cet ermitage du XIXe siècle domine une partie de la baie d’Alcúdia.
Le secteur se prête particulièrement bien à la marche. Plusieurs itinéraires traversent pinèdes, garrigues et vallons, avec des vues qui s’ouvrent progressivement vers la côte. Vous pouvez aussi intégrer Betlem à une randonnée plus longue en direction de Colònia de Sant Pere.
Se baigner à Cala Torta
À une dizaine de kilomètres d’Artà, Cala Torta est l’une des plages les plus sauvages de ce secteur de Majorque. Elle associe sable clair, collines couvertes de végétation et petit cordon dunaire, sans véritable urbanisation autour de la plage.
L’accès automobile est désormais limité et le stationnement se situe en retrait. Prévoyez environ 20 minutes de marche selon l’endroit où vous laissez votre véhicule. Venez avec de l’eau et ce dont vous avez besoin pour la journée : Cala Torta n’a pas les services d’une plage aménagée.
Continuer vers Cala Mitjana et Cala Estreta
Non loin de Cala Torta, Cala Mitjana offre un cadre tout aussi naturel, avec un petit système dunaire en arrière-plage et des collines presque dépourvues de constructions.
Vous pouvez également rejoindre Cala Estreta, une minuscule crique d’une trentaine de mètres accessible à pied. L’ancien chemin côtier reliant ces plages permet de profiter d’une portion particulièrement sauvage du littoral d’Artà.
Des premiers peuplements à la naissance d’Artà
Un territoire occupé depuis plus de 2 000 ans
La présence humaine autour d’Artà est bien antérieure au village actuel. Le site de Ses Païsses, fondé autour de 850 av. J.-C., témoigne de l’importance de la civilisation talayotique dans cette partie de Majorque. Son enceinte monumentale aurait été construite entre 650 et 540 av. J.-C.
Le village préhistorique occupait environ 13 500 m² et était protégé par près de 374 mètres de muraille. Il continua d’être occupé après la conquête romaine de Majorque en 123 av. J.-C., avant de perdre progressivement son rôle.
De Yartân à Artà
Pendant la période musulmane, le territoire correspondait à un district appelé Yartân, nom dont dérive Artà. Sa superficie dépassait largement les limites actuelles de la commune et englobait notamment les secteurs de Capdepera et Son Servera.
La colline de Sant Salvador était déjà occupée par une fortification, l’Almudaina, associée à une mosquée. Cette position dominante explique pourquoi la hauteur est restée pendant plusieurs siècles un point de défense et un symbole pour la ville.
Bellpuig et le développement du bourg
Après la conquête catalane de Majorque, Jaume Ier attribua des terres à des chanoines prémontrés venus de Catalogne. Ceux-ci fondèrent Santa Maria de Bellpuig, à quelques kilomètres du centre actuel. Sa petite église gothique subsiste encore dans la campagne.
Le bourg s’est ensuite étendu au pied de Sant Salvador, à distance du littoral. Ce retrait offrait une meilleure protection face aux incursions venues de la mer. Au XVIe siècle, les fortifications de Sant Salvador furent largement reconstruites afin de permettre à la population de s’y réfugier.
L’épidémie de 1820 et la reconstruction du sanctuaire
En 1820, une épidémie de peste frappa durement Artà. L’ancienne église de Sant Salvador, utilisée comme hôpital, fut ensuite incendiée.
Le sanctuaire visible aujourd’hui fut commencé en 1825, puis consacré en 1832. Il est ainsi relativement récent par rapport aux fortifications qui l’entourent.
Que voir autour d’Artà ?
Artà permet de rayonner facilement dans tout le nord-est de Majorque, avec plusieurs excursions situées à moins de 15 kilomètres environ :
- Capdepera – 8 à 10 km : visitez son village ancien et surtout son château fortifié dominant le nord-est de l’île.
- Colònia de Sant Pere – environ 12 km : profitez d’un petit port, d’une promenade face à la baie d’Alcúdia et d’une ambiance paisible en bord de mer.
- Sa Canova – environ 15 km : découvrez une longue côte naturelle protégée par un important système dunaire.
- Ermita de Betlem – environ 10 km : associez randonnée, montagne et panorama sur la baie d’Alcúdia.
- Cala Torta et Cala Mitjana – environ 10 km : choisissez ces plages pour leur environnement peu urbanisé et leur caractère sauvage.
- Canyamel – 10 à 15 km : combinez plage, visite de la Torre de Canyamel et découverte des grottes voisines.
- Coves d’Artà – 13 à 15 km : explorez de vastes grottes dominant la mer, malgré leur implantation sur la commune voisine de Capdepera.




