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Découvrir Fragas do Eume : un monde à part au cœur de la Galice

Je crois que je n’étais pas prête. Pas prête à tomber sur une forêt aussi dense, aussi verte, aussi… silencieusement vivante. En m’aventurant dans le parc naturel de Fragas do Eume, en Galice, j’ai eu cette sensation rare de plonger dans un monde parallèle. Un monde ancien, préservé, mystérieux, avec des mousses épaisses qui recouvrent les troncs, des fougères dignes de Jurassic Park, et des sentiers qui s’enfoncent dans une forêt qui ne semble jamais vouloir finir.

Si vous aimez les forêts un peu sauvages, un peu magiques, et que vous n’avez pas peur de marcher pendant des heures pour mieux les apprivoiser, alors suivez-moi : je vous emmène dans l’un des secrets les mieux gardés du nord-ouest de l’Espagne.

Qu’est-que Fragas do Eume ?

Fragas do Eume, c’est plus de 9 000 hectares de forêt atlanto-méditerranéenne à l’état presque brut. Ce parc naturel se niche en Galice, dans la province de la Corogne, à quelques kilomètres de la côte, mais à mille lieues du tumulte. Ici, le fleuve Eume joue les sculpteurs de paysages depuis des siècles, creusant un canyon profond entre les pentes abruptes. Par endroit, le dénivelé dépasse les 300 mètres.

Le parc forme un triangle naturel entre les communes de As Pontes, Pontedeume et Monfero. Moins de 500 habitants vivent dans cet espace protégé, autant dire que la forêt a ici tous les droits. Structuré autour du Chemin de Saint-Jacques — version « chemin anglais » — Fragas do Eume est à la fois un trésor naturel et une halte spirituelle.

Le climat est tempéré, avec des influences maritimes. Cela donne une végétation luxuriante, de la brume au petit matin, et cette impression constante que la forêt respire sous vos pas.

Un riche ecosystème et biodiversité

Marcher dans Fragas do Eume, c’est entrer dans une fraga, une forêt mixte si dense qu’elle en devient presque impénétrable par endroits. La lumière filtre à peine à travers le feuillage. Ici poussent chênes, châtaigniers, bouleaux, frênes, aulnes et même quelques chênes-lièges sur les versants sud. Les lauriers, houx et arbousiers ajoutent au tableau leurs touches persistantes, même en hiver.

Ce qui m’a le plus frappée ? La richesse au sol. Des mousses épaisses, des lichens en pagaille, et des fougères qui semblent tout droit sorties d’une autre époque. D’ailleurs, certaines sont des reliques de l’ère tertiaire.

Côté faune, le parc joue dans la cour des grands : 103 espèces d’oiseaux, dont le discret cincle plongeur que j’ai eu la chance d’apercevoir près de la rivière. Le parc abrite aussi le chat sauvage (vous ne le verrez sans doute pas, mais il est là), des salamandres, des grenouilles ibériques, et même du saumon dans les eaux de l’Eume. Chaque pas semble être observé, chaque bruissement, habité.

Comment accéder à Fragas do Eume ?

Le parc n’est pas difficile à trouver, mais il faut bien choisir son entrée : elles sont au nombre de quatre, et elles ne communiquent pas entre elles. J’ai choisi l’accès principal via la réserve de pêche d’Ombre, à 10 km de Pontedeume. C’est là que j’ai pris une navette (les voitures sont limitées le week-end), direction A Figueira, près du monastère.

Mais il y a d’autres options. Rive droite, les routes d’As Neves et Goente vous amènent au cœur de la forêt. Rive gauche, une route passe par le monastère de Monfero. Certains départs de randonnées se font depuis le refuge de pêcheurs de Cal Grande, et plusieurs sentiers longent les rivières Sesín et Frei Bermuz, parfois en suivant d’anciens moulins ou une centrale hydroélectrique oubliée.

Le barrage de l’Eume, accessible depuis Goente, m’a laissée bouche bée. Surtout en hiver, quand l’eau déborde et se transforme en cascade sauvage. Un spectacle brut, vibrant.

Patrimoine culturel

Au détour d’un sentier escarpé, j’ai découvert un bijou : le monastère de San Xoán de Caaveiro, blotti au cœur de la forêt, à la jonction des rivières Eume et Sesín. Fondé il y a plus de dix siècles, il trône sur un éperon rocheux avec une vue imprenable sur la canopée.

J’y suis montée à pied, et franchement, la montée valait le détour. Le lieu, restauré avec soin, accueille des visites guidées toutes les 45 minutes (gratuites !). J’y ai ressenti une étrange quiétude, comme si les pierres elles-mêmes murmuraient des prières anciennes.

Sur l’autre rive du parc, le monastère de Santa María de Monfero se fait remarquer avec sa façade en damier. Ardoise et pierre blanche se croisent dans un style baroque singulier. Tout près, le barrage et la confluence du Frei Bermuz avec l’Eume donnent une atmosphère solennelle à ce coin oublié du monde.

Activités et environnement à Fragas do Eume

Ici, pas de télésièges ni de sentiers bétonnés. On découvre Fragas do Eume à pied, sac au dos, appareil photo autour du cou. Et si on ouvre bien les yeux, on croise des sources, des cascades, des vieux ponts de pierre et même, peut-être, l’ombre d’un lutin… Oui, certaines zones de la forêt sont si mystérieuses qu’on comprend pourquoi les légendes ont fleuri entre ses arbres.

Pour une approche différente, le parc éolien expérimental de Sotavento — entre Monfero et Xermade — propose des ateliers ludiques et des itinéraires à vélo pour sensibiliser à l’énergie verte. Une autre façon de se connecter à la nature.

Charlie
Charlie

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