Visiter Es Trenc, c’est découvrir l’un des paysages côtiers les plus préservés de Majorque. Cette longue plage de sable clair, bordée par une eau peu profonde aux nuances turquoise, attire naturellement les regards, mais le site ne se résume pas à son rivage. Autour de la plage s’étendent dunes, pinèdes, zones humides, marais salants et herbiers de posidonie, réunis au sein du Parc naturel maritime-terrestre d’Es Trenc-Salobrar de Campos. Resté largement à l’écart de l’urbanisation qui a transformé une partie du littoral majorquin, Es Trenc offre un visage plus sauvage de l’île, particulièrement agréable si vous cherchez à associer baignade, balade et découverte d’un milieu naturel protégé.
Es Trenc, bien plus qu’une simple plage
Es Trenc désigne souvent la grande étendue de sable du sud de Majorque, mais il faut distinguer la plage proprement dite, longue de près de 2 km, de l’ensemble côtier qui s’étire entre Sa Ràpita et Colònia de Sant Jordi. Ce système plage-dunes forme un arc d’environ 5,6 km, avec Sa Ràpita au nord-ouest, Ses Covetes au centre et Es Trenc dans sa partie sud-est.
Ce littoral possède plusieurs caractéristiques qui expliquent son aspect très différent des grandes stations balnéaires de l’île :
- un sable fin et très clair et une mer peu profonde près du rivage ;
- des eaux turquoise particulièrement lumineuses lorsque la mer est calme ;
- aucun grand front d’hôtels ou d’immeubles directement derrière la plage ;
- un cordon dunaire protégé accompagné de zones humides et de marais salants ;
- plusieurs secteurs où le naturisme est pratiqué.

Un parc naturel entre terre et mer
Depuis 2017, Es Trenc et le Salobrar de Campos sont réunis au sein d’un parc naturel maritime-terrestre couvrant 3 768,26 hectares. Près de 61 % de cette superficie se trouve en mer et le secteur appartient également au réseau européen Natura 2000.
L’intérêt du parc vient surtout de la succession de paysages sur une distance réduite. Depuis la mer, vous passez des fonds marins à la plage, puis aux dunes, aux pinèdes, aux lagunes, au Salobrar de Campos, aux salines et enfin aux terres agricoles situées plus à l’intérieur. C’est d’ailleurs ce contraste qui m’a marqué sur place : Es Trenc ne se limite vraiment pas à sa plage.
Un remarquable système de dunes
Le cordon dunaire d’Es Trenc fait partie des mieux conservés de Majorque. Les dunes situées au plus près de la mer restent mobiles et se déplacent sous l’action du vent, tandis que celles qui se trouvent davantage à l’intérieur sont progressivement fixées par la végétation.
Le secteur conserve également des dunes fossiles très anciennes. À Clot de s’Arena, une ancienne carrière de sable aujourd’hui recolonisée par la végétation permet notamment d’observer différentes générations de formations dunaires.
La posidonie, une présence naturelle sur la plage
Sous la surface poussent de vastes herbiers de Posidonia oceanica, une plante marine typique de Méditerranée. Ils participent à la richesse des fonds sous-marins, à la limpidité de l’eau et à la protection du littoral.
Ne soyez donc pas surpris de voir des amas bruns sur le sable. Les feuilles mortes de posidonie ne sont pas des déchets : elles forment une protection naturelle contre l’action des vagues. Dans certaines zones du parc touchées par l’érosion, elles sont d’ailleurs laissées sur place toute l’année.
Que faire à Es Trenc ?
Profiter de la baignade
La baignade reste la principale raison de venir à Es Trenc. La pente douce du fond marin permet d’entrer progressivement dans l’eau et convient particulièrement aux longues baignades lorsque la mer est calme.
L’aspect de la plage dépend toutefois beaucoup de la météo. Sans vent, l’eau peut devenir très claire et prendre les teintes turquoise qui ont fait la réputation du site. Avec de la houle, le décor change rapidement et la mer devient nettement moins paisible. Lors de mon passage, c’est surtout la clarté de l’eau et la faible profondeur près du bord que j’ai trouvées particulièrement agréables.
Marcher le long du littoral
Es Trenc se découvre aussi à pied. Quelques minutes de marche suffisent souvent pour vous éloigner des accès les plus fréquentés et retrouver des portions de plage beaucoup plus tranquilles. Je vous conseille vraiment de marcher un peu plutôt que de rester juste à côté des accès : l’ambiance change rapidement.
Vous pouvez également suivre l’itinéraire officiel Ran de Mar, un parcours facile de 3,866 km réalisable en environ une heure. Il longe différents paysages côtiers et permet d’observer le système dunaire ainsi que la végétation du littoral. Restez toujours sur les passages autorisés : le cordon dunaire ne doit pas être traversé ni piétiné.
Observer les oiseaux du Salobrar de Campos
Juste derrière les dunes s’étend Es Salobrar de Campos, l’une des principales zones humides de Majorque. Les salines et marais environnants accueillent plus de 170 espèces d’oiseaux recensées, avec une fréquentation particulièrement intéressante pendant les périodes de migration entre l’Europe et l’Afrique.
Vous pourrez notamment y rencontrer des flamants roses, avocettes ou gravelots à collier interrompu. Le printemps constitue une période particulièrement favorable si vous souhaitez associer la plage à quelques observations ornithologiques.
Découvrir les Salines d’Es Trenc
Les Salines d’Es Trenc constituent probablement la visite la plus complémentaire à une journée sur la plage. Elles couvrent environ 172 hectares et perpétuent une production de sel fondée sur l’évaporation progressive de l’eau de mer dans une succession de bassins.
C’est ici qu’est notamment récoltée la Flor de Sal d’Es Trenc. Des visites guidées sont proposées pour découvrir le fonctionnement des bassins, les méthodes de récolte et le rôle des salines dans la préservation des milieux humides.
Explorer les fonds en snorkeling
Le snorkeling permet de découvrir un autre visage d’Es Trenc. Les zones où alternent sable et herbiers de posidonie accueillent davantage de vie marine que les grandes étendues entièrement sableuses.
Pour varier les paysages sous-marins, dirigez-vous plutôt vers les secteurs rocheux du côté de Ses Covetes et Es Freu de ses Covetes.
Les traces du passé à Es Trenc
Une production de sel très ancienne
L’exploitation du sel dans cette partie de Majorque remonte à plus de deux millénaires. Des indices archéologiques attestent une extraction dès le IVe siècle av. J.-C., durant la période punique, puis sous domination romaine.
La production actuelle s’inscrit dans cette longue continuité. Elle a également contribué au maintien d’un vaste paysage de bassins et de zones humides aujourd’hui utilisé par de nombreuses espèces d’oiseaux.
Les bunkers visibles sur le sable
Plusieurs petits ouvrages en béton se trouvent directement sur la plage. Il s’agit de nids de mitrailleuses construits à partir de 1939 dans le cadre des aménagements militaires du littoral majorquin.
Certains étaient autrefois partiellement intégrés aux dunes. Leur position actuelle, parfois très proche de l’eau, témoigne également du recul progressif du trait de côte. En 2014, le collectif artistique Boa Mistura en a peint certains en blanc et y a inscrit des vers de Cala Gentil, un poème de Miquel Costa i Llobera.
Un littoral longtemps défendu contre l’urbanisation
Es Trenc occupe une place particulière dans les mouvements de protection du littoral de Majorque. Dès la transition démocratique espagnole, différents projets d’urbanisation ont suscité une forte mobilisation pour conserver le caractère naturel de cette partie de la côte.
Après plusieurs niveaux de protection successifs, Es Trenc-Salobrar de Campos est finalement devenu un parc naturel maritime-terrestre le 27 juin 2017.
Les règles à respecter dans le parc naturel
La protection du site impose quelques précautions simples qui permettent de préserver les dunes, la végétation et les animaux :
- restez sur les chemins autorisés et ne traversez jamais les dunes ;
- ne cueillez pas de végétaux et ne dérangez pas les animaux ;
- repartez avec vos déchets, car il n’y a pas de poubelles dans l’espace naturel ;
- le camping et les feux sont interdits ;
- vélos, chevaux et véhicules motorisés ne doivent pas circuler sur la plage ou les dunes ;
- les chiens sont interdits sur les plages de mars à octobre inclus, sauf chiens d’assistance, et doivent être tenus en laisse ailleurs dans le parc ;
- si vous arrivez en bateau, n’ancrez jamais sur les herbiers de posidonie.
Comment rejoindre Es Trenc ?
L’accès principal à la plage se fait depuis la route reliant Campos à Colònia de Sant Jordi, avec une bifurcation aux environs du kilomètre 8,850. Vous pouvez également rejoindre le littoral depuis Sa Ràpita, Ses Covetes ou Colònia de Sant Jordi.
L’entrée dans le parc naturel est gratuite et le site reste accessible en permanence, mais certains parkings autorisés sont payants. Des transports publics desservent également Sa Ràpita et Colònia de Sant Jordi, avec des horaires qui évoluent au fil de l’année.
En juillet et en août, mieux vaut arriver tôt dans la journée. Vous profiterez ainsi d’une plage plus calme et éviterez les périodes durant lesquelles les parkings et les principaux accès sont les plus fréquentés. De mon côté, j’ai trouvé qu’Es Trenc se prête particulièrement bien à une visite où l’on prend son temps, plutôt qu’à un simple arrêt rapide pour se baigner.
Que voir autour d’Es Trenc ?
Plusieurs lieux permettent de prolonger facilement votre journée dans le sud de Majorque :
- Ses Covetes : à l’extrémité nord-ouest d’Es Trenc, ce petit secteur côtier mêle plage de sable clair et zones rocheuses. Les environs conservent également des cavités funéraires préhistoriques et d’anciennes carrières de marès, la pierre calcaire traditionnelle de Majorque.
- Sa Ràpita : plus à l’ouest, vous retrouvez une longue plage bordée de dunes et de pinède. La tour de Son Durí, édifiée au XVIe siècle pour surveiller la côte, domine le secteur.
- Colònia de Sant Jordi : située de l’autre côté d’Es Trenc, cette petite station côtière offre un port, des restaurants et plusieurs plages comme Es Dolç, Es Carbó et Es Coto. Vous y trouverez aussi le centre des visiteurs consacré au Parc national de Cabrera.
- L’archipel de Cabrera : des bateaux autorisés quittent Colònia de Sant Jordi pour rejoindre ce parc national maritime-terrestre. Prévoyez plutôt une journée entière pour cette excursion accessible uniquement par la mer.
- Ses Salines : ce village constitue une étape agréable après la côte. Vous pourrez notamment y voir l’église Sant Bartomeu, la tour de Can Barberà datant de 1677 et les vestiges du site talayotique d’Els Antigors.
- Le Cap de Ses Salines : à l’extrémité sud de Majorque, le phare domine une côte rocheuse beaucoup plus minérale que celle d’Es Trenc. C’est une belle manière de terminer une journée consacrée à cette partie de l’île.




