Vražje jezero, niché dans les hauteurs sauvages du Durmitor, fait partie de ces lieux qui vous arrêtent net par leur beauté brute. Peu connu du grand public, ce petit lac circulaire dévoile une eau d’un bleu profond posé au milieu des prairies alpines, presque irréel tant le contraste est fort avec l’austérité des montagnes environnantes. Lorsque l’on séjourne à Žabljak, la plupart des voyageurs se dirigent vers l’imposant lac Noir (Crno jezero), incontournable du parc, mais rares sont ceux qui poussent jusqu’à ce lac plus modeste et pourtant plein de caractère. On y vient pour le calme, pour ce sentiment d’être loin de tout, et pour découvrir un pan plus discret du parc national, loin des spots les plus fréquentés. Que vous prépariez une randonnée dans la région ou une simple escapade depuis Žabljak, ce lac mystérieux mérite largement de figurer sur votre itinéraire.
Où est située Vražje jezero ?
À peine arrivé sur le plateau de Jezera, on comprend pourquoi Vražje jezero intrigue autant les voyageurs. Le lac apparaît presque soudainement au milieu des pâturages, comme une tache turquoise posée dans une prairie d’altitude. Rien autour, ou presque : quelques reliefs doux, le silence du Durmitor et cette atmosphère un peu hors du temps qui marque souvent les lacs glaciaires isolés. Tout ici donne l’impression d’un lieu discret, préservé, à l’écart des circuits surchargés. On est à une douzaine de kilomètres de Žabljak, mais on pourrait être mille mètres plus haut dans un autre monde.
À environ 1 450–1 500 mètres d’altitude, l’air reste frais même en plein été. Le lac est relativement petit mais profond pour sa taille, et sa forme presque circulaire renforce son caractère singulier. Plus on s’approche du rivage, plus la palette de couleurs se dévoile : bleu franc, vert bouteille, nuances laiteuses par endroits lorsque la lumière tape fort. Ces contrastes sont dus à la composition glacière du lac, à la présence de sources et au fond minéral très clair.

Un lac glaciaire proche du Durmitor
Le Durmitor, classé au patrimoine mondial, est une région où les paysages semblent sculptés pour la randonnée. Vražje jezero ne fait pas exception. Le lac, bien qu’isolé, n’est jamais difficile à atteindre. On peut y aller en voiture, mais l’arrivée à pied réduit la sensation de rupture avec la vallée et permet d’apprécier ce plateau étonnamment doux pour une zone pourtant façonnée par les glaciers.
Le lac s’étend sur environ 3,5 hectares, ce qui est assez modeste, mais sa profondeur (autour de 20 à 25 mètres selon les sources) surprend. Cette cuvette glacière retient une eau d’une pureté remarquable, alimentée par la fonte des neiges et par des résurgences souterraines. L’hiver, l’ensemble est recouvert de glace. L’été, les 17 à 20 °C affichés restent suffisamment froids pour réveiller n’importe quel nageur tenté par la baignade.

Activités autour du lac Vražje jezero :
Bien que Vražje jezero soit calme, le cadre se prête à plusieurs activités douces :
- Baignade : l’eau reste fraîche mais reste praticable pour ceux qui aiment le contact vif des lacs d’altitude.
- Balade autour du lac : le chemin circulaire, informel mais visible, permet de faire le tour en quelques minutes.
- Kayak ou paddle : seulement si vous en apportez un (il n’y a pas de location sur place).
- Photographie : le site est particulièrement intéressant le matin ou avant le coucher du soleil pour les reflets et les jeux de lumière.
Pas de bruit, pas de foule intense : c’est un endroit où l’on reste un moment, juste pour regarder, observer, profiter du silence.
Climat, eau et environnement naturel
La qualité de l’eau est l’un des grands attraits du lieu. Le lac agit comme un miroir : une surface immobile, réfléchissante, presque hypnotique. Le matin et en fin de journée, les teintes changent, offrant des variations subtiles selon la météo et l’angle du soleil. Ces nuances ont inspiré plusieurs récits et alimentent la réputation mystérieuse du lac.
Autour, le plateau accueille une faune et une flore typiques des milieux alpins :
- oiseaux de montagne circulant régulièrement au-dessus de l’eau,
- petites espèces de poissons et plantes aquatiques dans les zones moins profondes.
Le site est protégé et relativement sauvage, ce qui impose une attitude respectueuse. Le parc rappelle régulièrement que ces milieux d’altitude sont sensibles au piétinement, au bruit et aux déchets, trois choses qu’un voyageur attentif peut facilement maîtriser.

Légendes et mystique du lac
Difficile de parler de Vražje jezero sans évoquer son surnom : le « lac du Diable ». Plusieurs histoires circulent dans la région, transmises de génération en génération. Leur rôle est autant d’expliquer les phénomènes naturels que de créer un récit commun autour du lieu.
L’une des légendes les plus connues décrit le lac comme le refuge d’un esprit malveillant ; voire du Diable lui-même ; qui provoquerait tempêtes et mauvaises fortunes à ceux qui manquent de respect à l’endroit. Dans d’autres récits, le fond du lac cacherait un palais de cristal, responsable des reflets brillants de l’eau. Certaines personnes évoquent même une ville engloutie, ou l’âme d’une jeune femme ayant trouvé la mort dans les eaux. Ces récits, très ancrés dans la tradition monténégrine, ne visent pas à effrayer mais à souligner la singularité de ce lac isolé.
Qu’on y croie ou non, ces histoires ajoutent une dimension presque cérémoniale à la découverte du site — surtout si l’on arrive tôt le matin, lorsque le silence engloutit tout.
Accès au lac : voiture ou randonnée
Depuis Žabljak, deux options s’offrent aux voyageurs :
En voiture
Une petite route mène presque jusqu’au lac. C’est la solution la plus simple si l’on manque de temps ou si l’on souhaite combiner plusieurs lacs dans la même journée. Les derniers mètres se font à pied.
À pied depuis Žabljak
La randonnée fait environ 5–6 km et se parcourt en 1 h 30 à 2 h. La montée est douce, l’ambiance très rurale, et l’arrivée sur le plateau donne une vraie sensation de transition vers un autre paysage. Cette marche ne présente pas de difficulté particulière, mais l’absence d’ombre peut surprendre en été.
Sur place, l’absence d’infrastructures renforce l’aspect sauvage du site. Pas de buvette, pas de toilettes, pas de zone d’ombre aménagée. Cela fait partie du charme, mais exige de venir préparé : eau, protection solaire, bonnet léger pour l’altitude selon la saison, et un petit snack si vous prévoyez de rester un moment.
Bien préparer sa visite
Même si Vražje jezero semble accessible, une petite anticipation rend la sortie bien plus agréable. Voici quelques points importants :
Où dormir ?
Žabljak reste le camp de base idéal. On y trouve des hébergements de styles variés, des restaurants montagnards et tout le nécessaire pour organiser plusieurs jours dans le Durmitor.
Meilleure période
La période la plus agréable va de la fin du printemps au début de l’automne. Les couleurs sont multiples, la route est facile, les journées longues. L’été reste le moment le plus propice pour se baigner.
Pour une journée complète
Pour varier les décors, vous pouvez combiner Vražje jezero avec :
- Riblje jezero, un lac voisin très calme,
- les sentiers du plateau,
- ou les classiques Crno jezero et Zminje jezero, plus connus mais toujours superbes.
Ce trio offre une journée alternant pâturages, forêts et eaux glaciaires, parfait pour un voyageur qui aime explorer sans se presser.




